L’impact psychologique de l’infertilité : 
la communication entre le médecin et le patient

L’impact psychologique de l’infertilité : la communication entre le médecin et le patient

Aujourd’hui la médecine (et les médecins) font des miracles.  Et c’est tant mieux!

Toutefois, dans une société particulèrement orientée sur la technique (ce constat n’est d’ailleurs pas réservé à l’univers médical), il me paraît plus qu’important de rappeler l’essentiel : le facteur humain.

Je ne suis pas psychologue, et mon objectif n’est pas de vous expliquer d’un point de vue technique comment cela se passe.  L’objectif est juste d’expliquer ce que l’on ressent lorsqu’on est de l’autre côté du bureau.

Et de mettre mes compétences de spécialiste en communication et mon expérience dans l’accompagnement de couples infertiles au service de la relation médecin-patient

Parce qu’il n’est pas évident (sans avoir connu soi-même ce parcours), de savoir comment une patiente (ou un patient) se sent, ce qu’il/elle n’ose pas dire, comment leur annoncer une mauvaise nouvelle, voilà pourquoi Procreatec m’a donné cette immense chance.

Grâce à un sondage réalisé auprès de personnes confrontées à l’infertilité et au parcours médical, de nombreuses informations très pertinentes en sont ressorties.

D’abord, quelques statistiques :

image 1

 

Image 2

image 3

 

Les principales difficultés rencontrées par les couples infertiles :

Evidemment, lorsqu’on arrive en PMA, les patients ont généralement tout un (long) parcours derrière eux.  Pour bien comprendre les principales difficultés vécues par les couples infertiles, en voici un condensé :

  • l’incertitude totale. Si on nous disait « il faut attendre deux ans avant d’être parents» on pourrait se dire « ok soyons patients ». Mais l’infertilité, ce n’est pas ça. Et cette incertitude nous enferme dans une solitude énorme, on se sent complètement seul (ce qui est incroyable d’ailleurs quand on connaît le nombre de couples à avoir des difficultés à concevoir un enfant).  Ceci s’est vérifié lors du sondage : 39% des personnes interrogées se sentent seules.
  • Les échecs à répétition (même hors PMA) : chaque mois est un constat d’échec et les jours qui précèdent l’arrivée des règles est un faux espoir nourri du moindre symptôme de grossesse. 32% des personnes interrogées se sentent déprimées.
  • le couple en prend un coup parce qu’en plus des câlins programmés (je pense notamment au test de Hühner : pas vraiment top pour la libido…), un sentiment de culpabilité peut aussi émerger (surtout si un seul des deux est diagnostiqué infertile)
  • cette infertilité remet en question toute la féminité ou virilité de la personne.

Ca va bien plus loin que l’enfant tant attendu, c’est son corps que l’on finit par détester (les femmes détestent souvent leur ventre puisqu’il n’est pas capable de donner la vie, elles se sentent « vides à l’intérieur »).

  • Bien sûr il y a la lourdeur du médical : l’interminable attente avant un rendez-vous, la frustration de ne pas avoir de réponse à nos questions (la médecine ne peut malheureusement pas encore tout expliquer), les traitements hormonaux, les examens, l’énorme difficulté à concilier une vie professionnelle « normale » avec les examens,…

Le ressenti émotionnel des patient(e)s :

image 4

 

Pour aider les couples, certains centres PMA demandent aux patients d’avoir une consultation avec un professionnel (psychologue ou plus souvent pédopsychiatre) avant de débuter les traitements.

Si l’initiative part d’une bonne intention, il faut noter que le caractère obligatoire enlève toute notion d’aide, et ajoute même très souvent, une source d’inquiétude liée à ce rendezvous médical.  Les patients ont l’impression de devoir « subir » un examen, une sorte de test d’aptitude à la parentalité.

Les attentes des patient(e)s :

image 5

 

Plusieurs choses sont à retenir sur les attentes :

  • Les patient(e)s attendent plus d’explications de la part de leur médecin. Il est certain que la médecine ne peut malheureusement pas encore tout expliquer, mais il est important pour les patients d’avoir de plus amples renseignements :
    • sur les examens à venir
    • sur le caractères douloureux ou non de ces différents examens
    • sur « comment réaliser soi-même ses injections »
    • sur d’éventuels effets secondaires ‣

Souvent ces informations sont manquantes par manque de temps lors des consultations et/ ou sont liées au jargon médical (nous reviendront sur ce point plus loin).

  • Concernant le manque de temps lors des consultations : lorsque, lors du rendez-vous médical, les patientes ressentent que leur médecin est pressé, cela les angoisse encore plus et leur fait perdre leurs moyens. Résultat, cela engendre de la frustration car elles n’ont plus pensé (ou pas osé) poser les questions qu’elles avaient en tête. Et cela renforce leur stress.  Outre la frustration, les patientes vont immédiatement sur internet pour trouver les réponses à leurs questions et cela peut avoir d’autres conséquences dont nous parlerons plus loin.
  • Ce dont les patient(e)s ont également besoin, c’est d’être rassuré(e)s (47%). Rassuré sur quoi ? sur le fait qu’ils sont entre de bonnes mains, qu’ils peuvent se sentir en confiance, qu’on va faire tout ce qu’il faut pour les aider à devenir parents, sur leur capacité à pouvoir faire soi-même les injections pour les traitements, etc. etc.
  • 42% des personnes souhaitent également être informé(e)s sur d’autres approches. Les patients veulent tout faire pour optimiser leurs chances de réussite, que ce soit en faisant de la sophrologie, de l’acupuncture, ou autres. Les patient(e)s se sentent perdus et ignorent bien souvent que des pratiques complémentaires peuvent les aider : que ce soit par exemple pour se détendre, ou même pour favoriser l’afflux sanguin dans l’utérus.
La personne la mieux placée pour les orienter vers tous ce qui existe, c’est le médecin (ou le centre PMA) pour la simple et bonne raison qu’un patient a confiance en son médecin.

Autres informations récoltées à prendre en compte :

  • 70% des patientes ne supportent plus d’entendre lors des consultations médicales « qu’elles doivent attendre », « qu’elles sont jeunes »,… 


C’est sans doute vrai pour un job, mais pas pour l’infertilité!  Au contraire, n’attendons pas 35 ans pour réagir.  Trop de femmes reportent leur projet de maternité en raison du contexte actuel (rythme de vie, études, carrière,…), et souvent lorsqu’elles se rendent compte que quelque chose ne va pas, l’âge est déjà bien avancé.

D’autres, inversement, s’y prennent tôt en âge mais à force qu’on leur dise de patienter, se retrouvent passé la trentaine et on diagnostique seulement à ce moment-là de l’endométriose par exemple.

Bien sûr, ce ne sont pas des généralités, mais simplement des cas vécus.  Et il est nécessaire de s’en souvenir pour éviter de reproduire ces exemples.

Après plus de douze mois de rapports (non protégés) il est essentiel de faire un premier bilan, quel que soit l’âge.

  • Un point qui est directement en lien : 62% des patientes interrogées disent ne plus savoir comment faire face à l’attente. Informer les patientes de ce point dès le début de leur consultation est important afin de les préparer. Et leur donner des astuces pour mieux gérer cette attente.
  • Le poids est également quelque chose de compliqué à entendre pour les patientes. Même si effectivement cela a un impact sur la réussite et qu’il vaut mieux mettre toutes les chances de leur côté avant d’entamer un traitement médical en vue d’une fécondation, la question ne se pose pas pour les grossesses naturelles. D’où ce sentiment double d’injustice pour les patientes infertiles.
  • 9% des patientes ne comprennent pas les termes utilisés. C’est quelque chose de fréquent chez tous les techniciens (dans le milieu médical ou non) : quand on a l’habitude d’utiliser une terminologie spécifique, on ne se rend plus compte qu’il s’agit de jargon interne ou de jargon médical.

J’attire l’attention sur un point : le manque d’informations comprises ou reçues entraîne inévitablement des recherches google! Et par conséquent un risque énorme d’avoir des informations erronées ou inquiétantes.

La bonne nouvelle, c’est que 35% des patientes ont des médecins qui leur font même un croquis pour s’assurer de leur bonne compréhension!

Conclusion :

Vous l’aurez compris, les compétences techniques sont aujourd’hui extraordinaires et il convient de mettre principalement l’accent sur la relation humaine. Cette dernière est souvent mise à mal par la nécessité de performance et du nombre de visites enchaînées par les médecins sur une même journée.  Alors même s’il est peu réaliste de vouloir changer les agendas, il y a quelques phrases que les patients aiment entendre de leur médecin, parce que cela les rassure et leur donne le sentiment d’être en sécurité.

D’ailleurs, si l’on reprends la pyramide des besoins élaborée par Maslow, le besoin de sécurité arrive juste après les besoins physiologiques.

image 7

« j’ai pris du retard dans mes consultations, mais rassurez-vous, je vais prendre le temps nécessaire pour vous »

« ce ne sera peut-être pas simple, mais je vous promets qu’on va faire ce qu’il faut pour y arriver »

« avez-vous bien compris mes explications ? »

« avez-vous des questions sur… (la suite du traitement, les examens médicaux, etc.) »

« j’imagine que vous pouvez vous sentir « seul(e) » mais c’est loin d’être le cas.  Aujourd’hui X couples sont dans la même situation que vous »

« Si jamais à un moment où un autre, vous sentez le besoin d’en parler, voici les coordonnées de…

Ca peut faire du bien d’échanger avec un professionnel »

Pour conclure, retenez bien que :

« la chose la plus importante en matière de communication est d’entendre ce qui n’est pas dit »

(Peter Dricker).

Une réflexion au sujet de « L’impact psychologique de l’infertilité : 
la communication entre le médecin et le patient »

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *