Maman au volant

En matière de risque, monter dans une voiture pendant la grossesse peut être aussi dangereux que fumer ou boire.

Quand vous annoncez à quelqu’un que vous êtes enceinte, la première chose qu’il fait c’est vous énumérer une liste de conseils. Les amis, la famille, le médecin, les gens dans la rue ou les recommandations de plusieurs produits. « Fais ci ». « Ne fais pas ça ». « Ne bois pas d’alcool ». « Ne reste pas à côté des fumeurs ». « Ne consomme pas trop de caféine ». « Ne mange pas de sushis ». « Réfléchis bien avant de monter dans la montagne russe ». Mais ce que personne ne dit c’est « Ne conduis pas ». En matière de risque, monter dans une voiture pendant la grossesse peut être aussi dangereux que fumer ou boire.

Le danger au volant pour les femmes enceintes est si important que les médecins doivent interroger la future mère sur ses habitudes de conduite. C’est ce que conclut le professeur Hank Weiss, de l’Université d’Otago en Nouvelle Zélande, dans une étude sur le risque de lésion dans un accident pendant la grossesse. « L’ampleur du risque est semblable à celui de fumer ou boire de l’alcool », fait remarquer le médecin. Être impliqué dans un accident dans un véhicule à moteur peut engendrer des complications comme l’accouchement prématuré ou le décollement du placenta.

L’utilisation de la voiture est tellement enracinée dans la vie contemporaine qu’on le voit rarement comme un problème de santé publique. Et c’en est un. Non seulement à cause des émissions qui touchent toute la population, mais aussi parce qu’il est particulièrement dangereux pour les personnes vulnérables comme les femmes enceintes. Pendant plus de deux décennies, le professeur Weiss a étudié les risques pour les femmes enceintes et les fœtus dus aux collisions dans un véhicule à moteur. Ses travaux les plus récents, publiés dans la revue de l’Association d’Australasie épidémiologique, analysent les statistiques de la Nouvelle Zélande qui montrent qu’entre 1997 et 2007, il y a eu 21 morts fœtales et nouveaux-nés décédés en Océanie. L’île possède un des taux les plus élevés de possession de véhicules, juste derrière le Portugal et les États-Unis. Et la distance moyenne parcourue par les femmes néo-zélandaises ayant entre 15 et 39 ans a augmenté de 40 % entre 1990 et 2000.

L’utilisation de la voiture augmente les risques. Aux États-Unis, les accidents dans un véhicule à moteur sont la principale cause de risque de traumatisme pour les femmes au cours de leur grossesse, d’après un autre article du professeur Weiss et de sa consœur Catherine Vladutiu dans l’American Journal of Lifestyle Medicine en 2011. Plus qu’une chute à pied ou un accrochage en vélo. Les chocs en voiture pendant la grossesse sont la principale cause de mortalité fœtale traumatique et de lésion maternelle grave, ainsi que de morbidité et de mortalité aux États-Unis : 92 500 femmes enceintes souffrent de lésions en voiture chaque année.

« Nous avons créé un environnement qui encourage l’utilisation intensive de la voiture », explique le professeur Weiss. Parallèlement, de plus en plus de femmes en âge d’avoir un enfant sont entrées sur le marché du travail et se déplacent en voiture. Alors que l’exposition des femmes enceintes aux accidents de véhicules à moteur a augmenté, le message des responsables du système de santé public lui, ne correspond pas à cette réalité. « Il faut impliquer les docteurs, c’est une recommandation qui devrait apparaître quotidiennement ». La réalité est que dans une société centrée sur la voiture, pour les femmes, ne pas conduire, ce n’est pas une option.

D’abord, on devrait toujours conseiller aux femmes enceintes de porter la ceinture de sécurité au niveau des hanches et les informer sur les risques des airbags. Il faut si possible éviter de conduire de nuit ou par mauvais temps. Ces mesures peuvent sembler un peu extrêmes dans un environnement où la voiture est totalement ancrée dans la vie quotidienne, mais si on tient compte du risque, ne doit-on pas inclure ces considérations dans les règles d’or de la femme enceinte ?  Le professeur Weiss analyse le sujet sous une perspective purement statistique. « Si vous pouvez réduire de moitié les trajets que vous faites en voiture, vous diminuez les risques de moitié », conclut-il.

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